
L'hypertype chez les animaux d'élevage
La souffrance extrême pour une haute rentabilité
L’objectif principal de la sélection animale moderne est d’augmenter la rentabilité de l’élevage en adaptant les animaux aux conditions de production industrielles. Ainsi, les efforts de sélection se concentrent presque exclusivement sur l’amélioration des performances (production laitière, ponte, gain de poids quotidien, etc).
Cette sélection orientée uniquement vers la productivité engendre de terribles souffrances chez les animaux dits " d'élevage ".
Dans une même race, il est impossible d’obtenir simultanément plusieurs caractéristiques de très haut rendement (par exemple : lait, viande et œufs). La sélection a donc été poussée à l'extrême, donnant naissance à des lignées différentes, comme les races laitières chez les bovins, ou les poules pondeuses ou poulet de chair chez les volailles.

Les vaches laitières
En savoir plus

Les vaches à viande
En savoir plus

Les volailles de chair
En savoir plus

Poules pondeuses
En savoir plus

Porcs
En savoir plus
Les vaches laitières : une productivité poussée à l'extrême
La production laitière par vache est passée d’environ 2 600 kg/an dans les années 1950 à plus de 7 500 kg/an en 20211, et continue d’augmenter.
Ce que l’on ignore souvent : cette performance extrême dépasse les capacités physiques des animaux. Au début de la lactation, les vaches hautes productrices ne peuvent pas ingérer suffisamment d’énergie. Elles mobilisent donc leurs réserves corporelles : elles maigrissent, s’affaiblissent et tombent malades2.

La souffrance des vaches laitières :
- Inflammations de la mamelle (mammite)
- Troubles métaboliques
- Problèmes de sabots
- Boiteries
- Infertilité
- Inflammations de l’utérus

La durée de vie des vaches laitières a diminué de moitié en 40 ans. Ces maladies dites " liées à la production " sont acceptées pour des raisons économiques.
Les veaux mâles issus de races laitières sont peu rentables : ils sont souvent vendus très jeunes, parfois exportés, et vivent une courte vie marquée par la souffrance. N'ayant aucune valeur pour le secteur, il les qualifie lui-même de " sous‑produits " de l’industrie laitière3.
Les races à viande : hypertrophie musculaire au péril de leur santé
Les critères de sélection dominants (musculature développée, gains de poids élevés) provoquent des problèmes de santé : organes fragilisés, troubles osseux, difficultés locomotrices.
Certaines races comme la Blanc Bleue Belge, sélectionnée pour le " gène culard ", présentent une mutation empêchant la limitation naturelle de la croissance musculaire (hypertrophie musculaire). Résultat : les vêlages naturels sont quasiment impossibles, rendant la césarienne quasi-systématique4,5.

La souffrance des races à viande :
- Troubles métaboliques
- Problèmes de sabots
- Boiteries
- Troubles de la fertilité et difficultés de mise bas

Les volailles : un corps incapable de suivre la sélection génétique
Depuis des décennies, la sélection vise à maximiser la productivité. Cette sélection extrême augmente fortement la sensibilité aux maladies, notamment au niveau du squelette et du système cardiovasculaire. Les animaux ne peuvent même plus se déplacer ou adopter des comportements naturels, aggravant considérablement leur souffrance6.
Les poules pondeuses : 300 œufs par an, un corps détruit
En 1955, une poule pondait environ 118 œufs par an. Aujourd’hui, elle dépasse les 300 œufs annuels.
Les poules pondeuses ne vivent en moyenne que 16 mois, puis sont abattues car jugées non rentables.
Les poussins mâles des mêmes lignées ne sont d’aucune utilité pour l’industrie de l’œuf (voir les poussins d'un jour)10-11.

La souffrance des poules pondeuses :
- Ostéoporose précoce
- Fractures du bréchet, un os qui fait partie de la cage thoracique (jusqu’à 90 % des poules concernées)
- Comportements agressifs (poussant à l’épointage du bec)
En raison des besoins en calcium nécessaires à la formation de la coquille d'œuf, près de 90% des poules pondeuses en élevage souffrent de lésions internes et de fractures (7-9).
La salpingite/colibacillose chez les poules pondeuses ou inflammation de l'oviducte10 est malheureusement fréquente dans les élevages intensifs. Entassées, stressées et fragilisées par une production d’œufs incessante, les poules deviennent plus sensibles aux infections comme E. coli. Essoufflement, fatigue et faiblesse s’ajoutent alors à leur quotidien déjà difficile.

Poulets de chair : croissance fulgurante, souffrance extrême
Dans l’élevage avicole, la majorité des poulets de chair proviennent de lignées industrielles à croissance rapide (turbo-poulets ou " frankenchickens ", tandis que les races anciennes ne survivent que chez des éleveurs amateurs. Cette sélection entraîne un développement excessif du muscle thoracique, provoquant malformations des pattes, boiteries et une forte réduction de la mobilité.
En fin de vie, les poulets ne bougent presque plus. Leur prise de poids très rapide les conduit à rester couchés longtemps, ce qui cause des lésions douloureuses du bréchet, aussi appelées ampoules sternales. Ces affections sont fréquentes dans l’élevage intensif et constituent un enjeu majeur de bien‑être animal.6,12,13.

La souffrances des poulets de chair :
- Déformations articulaires douloureuses
- Maladies cardiaques
- Boiteries et incapacité à marcher14

Dindes : incapable de vivre normalement
La demande en viande de dinde, réputée " plus saine ", a poussé la sélection à l’extrême. En quelques semaines seulement, les dindes doublent le poids qu’elles atteignaient dans les années 1960.
L'animal est terriblement stressé et le squelette ainsi que les organes ne peuvent pas suivre le rythme. Aujourd'hui, une dinde atteint environ 23 kg à l'âge de 20 semaines contre 12 kg à 22 semaines en 1965.15

La souffrances des dindes élevées pour leur viande :
- Déformations articulaires
- Maladies cardiovasculaires
- Boiteries sévères
- Agressivité accrue (épointage du bec fréquent)

Leur muscles thoraciques hypertrophiés les empêchent de se tenir debout correctement et génèrent des boîteries sévères. Vers la fin de leur courte vie, ils ne bougent presque pas et ne peuvent pas exprimer de comportement naturel comme se percher sur une branche pour dormir (4,16).
Ne pouvant se tenir debout, les dindes sont contraint de se reposer constamment sur un paillage humide et souillé, causant régulièrement des inflammations du bréchet et de l'abdomen.
Les dindes d’élevage ne peuvent plus se reproduire naturellement : la sélection les rend trop massives, entraînant un recours systématique à l’insémination artificielle car les mâles pourraient blesser les femelles en les écrasant.17
Les porcs : obsession du “maigre” au détriment de la santé
En raison de l'augmentation constante de la demande en viande dite " maigre ", les porcs élevés pour leur viande sont sélectionnés rigoureusement pour y répondre. Cette croissance rapide entraîne de nombreuses problématiques de santé chez les animaux comme des pathologies cardiovasculaires et articulaires18,19.
L’ossature encore jeune des porcs ne peut pas supporter l’énorme augmentation de masse musculaire imposée par la sélection génétique, et leurs organes internes ne suivent pas cette croissance accélérée. Aujourd’hui, un porc d’engraissement atteint environ 110 kg en seulement six à sept mois20. Dans l’élevage porcin, quelques races comme le Pietrain dominent, et le nombre de porcelets produits par truie chaque année est devenu un indicateur économique sans cesse poussé à la hausse21.

La souffrance des porcs d'élevages intensifs :
- Troubles cardiovasculaires
- Atteintes articulaires
- Nécroses des oreilles et de la queue
- Mortalité élevée des porcelets22,23

Les truies mettent souvent au monde plus de porcelets qu’elles n’ont de tétines disponibles et nourrir ces porcelets surnuméraires coûte cher. Dans les grandes exploitations porcines, il est courant que lors de l’inspection quotidienne, les porcelets faibles ou pesant moins d’un kilogramme soient mis à mort (souvent réalisée de manière non professionnelle).
Surexploitées pour la reproduction, une truie d’élevage ne vivra pas plus de trois ans en moyenne, son corps ayant été détruit par les nombreuses naissances.
Le réseau QUATRE PATTES demande :
- L’interdiction totale des races hypertypes et son application stricte
- L’interdiction d’élever des animaux présentant des caractéristiques hypertypées
- L’intégration du bien-être animal et de la longévité dans les objectifs de sélection
- Des portées limitées chez les truies à un nombre que la mère peut réellement allaiter
- L’utilisation de races mixtes (double usage) en volaille et en bovin, ainsi que de races locales adaptées
- La diminution progressive de l'utilisation des races hyper‑productives pour finir par un arrêt total
Source
2. Walsh SW, Williams EJ, Evans ACO. A review of the causes of poor fertility in high milk producing dairy cows. Animal Reproduction Science. 2011;123(3–4):127–138. doi:10.1016/j.anireprosci.2010.12.001
3. Haskell MJ. What to do with surplus dairy calves? Welfare, economic, and ethical considerations. Landbauforschung : journal of sustainable and organic agricultural systems. 2020;(70(2020)1):45–48. doi:10.3220/LBF1593617173000
4. Demmler D. Leistungsabhängige Gesundheitsstörungen bei Nutztieren für die Fleischerzeugung (Schweine, Rinder, Hühner, Puten) und ihre Relevanz für § 11b Tierschutzgesetz (“Qualzucht”). Berlin: Mensch und Buch Verl; 2011.
5. Kolkman I, Opsomer G, Aerts S, Hoflack G, Laevens H, Lips D. Analysis of body measurements of newborn purebred Belgian Blue calves. Animal. 2010;4(5):661–671. doi:10.1017/S1751731109991558
6. Knowles TG, Kestin SC, Haslam SM, Brown SN, Green LE, Butterworth A, Pope SJ, Pfeiffer D, Nicol CJ. Leg Disorders in Broiler Chickens: Prevalence, Risk Factors and Prevention Callaerts P, editor. PLoS ONE. 2008;3(2):e1545. doi:10.1371/journal.pone.0001545
7. Toscano M. Skeletal problems in contemporary commercial laying hens. In: Advances in Poultry Welfare. Elsevier; 2018. p. 151–173. https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/B9780081009154000087. doi:10.1016/B978-0-08-100915-4.00008-7
8. Thøfner ICN, Dahl J, Christensen JP. Keel bone fractures in Danish laying hens: Prevalence and risk factors. PLOS ONE. 2021;16(8):e0256105. doi:10.1371/journal.pone.0256105
9. Stratmann A, Fröhlich EKF, Gebhardt-Henrich SG, Harlander-Matauschek A, Würbel H, Toscano MJ. Genetic selection to increase bone strength affects prevalence of keel bone damage and egg parameters in commercially housed laying hens. Poultry Science. 2016;95(5):975–984. doi:10.3382/ps/pew026
10. Keppler C, Knierim U. Basiswissen Mtool© -eine Managementhilfe für Legehennenaufzucht und -haltung. Universität Kassel; 2017.
11. Eltahan HM, Cho S, Rana MM, Saleh AA, Elkomy AE, Wadaan MAM, Alagawany M, Kim IH, Eltahan HM. Dietary exogenous phytase improve egg quality, reproductive hormones, and prolongs the lifetime of the aging Hy-line brown laying hens fed non-phytate Phosphorus. Poultry Science. 2023 Jun:102895. doi:10.1016/j.psj.2023.102895
12. Hartcher KM, Lum HK. Genetic selection of broilers and welfare consequences: a review. World’s Poultry Science Journal. 2020;76(1):154–167. doi:10.1080/00439339.2019.1680025
13. De Jong IC, Guéméné D. Major welfare issues in broiler breeders. World’s Poultry Science Journal. 2011;67(1):73–82. doi:10/fcsw3s
14. EFSA Panel on Animal Health and Welfare. Scientific Opinion on the influence of genetic parameters on the welfare and the resistance to stress of commercial broilers. EFSA Journal. 2010;8(7):1666. doi:10.2903/j.efsa.2010.1666
15. van Staaveren N, Leishman EM, Wood BJ, Harlander-Matauschek A, Baes CF. Farmers’ Perceptions About Health and Welfare Issues in Turkey Production. Frontiers in Veterinary Science. 2020 [accessed 2020 Jun 24];7. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fvets.2020.00332/full. doi:10/gg6p9n
16. Glatz P, Rodda B. Turkey farming: Welfare and husbandry issues
17. Erasmus MA. 13 - Welfare issues in turkey production. In: Mench JA, editor. Advances in Poultry Welfare. Woodhead Publishing; 2018. p. 263–291. (Woodhead Publishing Series in Food Science, Technology and Nutrition). https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/B9780081009154000130. doi:10.1016/B978-0-08-100915-4.00013-0
18. EFSA Panel on Animal Health and Welfare (AHAW), Nielsen SS, Alvarez J, Bicout DJ, Calistri P, Canali E, Drewe JA, Garin-Bastuji B, Gonzales Rojas JL, Schmidt G, et al. Welfare of pigs on farm. EFSA Journal. 2022;20(8):e07421. doi:10.2903/j.efsa.2022.7421
19. Busch ME, Wachmann H. Osteochondrosis of the elbow joint in finishing pigs from three herds: Associations among different types of joint changes and between osteochondrosis and growth rate. The Veterinary Journal. 2011;188(2):197–203. doi:10.1016/j.tvjl.2010.03.021
20. Production Cycle of Swine.
21. Ward SA, Kirkwood RN, Plush KJ. Are Larger Litters a Concern for Piglet Survival or An Effectively Manageable Trait? Animals : an Open Access Journal from MDPI. 2020;10(2):309. doi:10.3390/ani10020309
22. van Essen GJ, te Lintel Hekkert M, Sorop O, Heinonen I, van der Velden J, Merkus D, Duncker DJ. Cardiovascular Function of Modern Pigs Does not Comply with Allometric Scaling Laws. Scientific Reports. 2018;8:792. doi:10.1038/s41598-017-18775-z
23. Reiner G, Kuehling J, Loewenstein F, Lechner M, Becker S. Swine Inflammation and Necrosis Syndrome (SINS). Animals. 2021;11(6):1670. doi:10.3390/ani11061670
