
Cages de mise bas pour les truies
La souffrance des truies reproductrices pour l'élevage porcin
Les truies reproductrices vivant dans les élevages porcins conventionnels passent environ la moitié de leur vie enfermées dans des cages de mise bas et des cages de gestation. L'industrie porcine justifie l'utilisation de ces équipements en affirmant qu'ils permettent d'empêcher les truies d'écraser accidentellement leurs porcelets après la naissance. Cependant, la principale motivation reste économique : produire le plus grand nombre de porcs possible dans un temps réduit et sur une surface minimale. Dans ces cages métalliques, les truies ne peuvent ni se déplacer librement ni se retourner. La construction d'un nid, les interactions sociales avec leurs porcelets et l'expression de comportements naturels sont impossibles. Elles sont contraintes de se coucher sur un sol dur en béton et souvent au contact de leurs propres excréments.
Le problème
Les problématiques liées aux cages de mise bas pour les truies
Une truie peut être confinée pendant près de 10 semaines consécutives dans des systèmes de cages de mise bas et de cages de gestation individuelles. Cela comprend une semaine avant la mise bas, quatre semaines après la naissance des porcelets et environ cinq semaines de confinement autour de l'insémination.
Les cages de mise bas empêchent les truies de développer un lien naturel avec leurs porcelets. Dans cet environnement stérile, les comportements naturels de la mère et des petits sont fortement limités2. Le sol en béton, généralement dépourvu de litière, oblige les truies à rester couchées sur une surface particulièrement dure, ce qui peut provoquer des inflammations articulaires sévères. Les barreaux métalliques peuvent également entraîner des blessures et des infections.
Les truies sont souvent contraintes de vivre au contact de leurs excréments, une situation peu hygiénique et particulièrement inconfortable pour ces animaux naturellement propres. Les porcelets peuvent quant à eux se coincer les pattes dans les caillebotis lorsque les interstices sont trop larges.
Quelques jours avant la mise bas, les truies ressentent instinctivement le besoin de construire un nid. Dans leur environnement naturel, elles utilisent des brindilles, de l'herbe et d'autres matériaux végétaux. En élevage intensif, elles ne disposent généralement ni de paille ni de l'espace nécessaire pour exprimer ce comportement naturel, ce qui génère frustration, stress et souffrance1.
Une truie est confinée dans une cage pendant 10 semaines consécutives, dans des cages de mise bas pendant 1 semaine avant et 4 semaines après la mise bas, ainsi que 5 semaines de confinement pendant et après l'insémination dans des cages de gestation individuelles. Les cages de mise bas empêchent la truie de former un lien avec ses porcelets, dont le comportement est également fortement limité dans ce type d'environnement stérile2. Le sol en béton n'est pas jonché de litière, la truie est obligée de se coucher sur un sol très dur, ce qui entraîne souvent de graves inflammations des articulations. Les tiges métalliques leur provoquent souvent des inflammations purulentes. Les truies sont obligées de se coucher dans leurs excréments, ce qui est non seulement peu hygiénique pendant la mise bas, mais aussi très inconfortable pour des individus par ailleurs très propres. Les porcelets sont souvent coincés dans les lattes de béton, car leurs pieds sont très petits et les lattes sont souvent trop grandes. Quelques jours avant de mettre bas, les truies ressentent une forte envie de construire un nid et utiliseraient des brindilles et de l'herbe dans la nature, mais le besoin serait également satisfait en utilisant de la paille. Cependant, non seulement on ne leur fournit pas de paille, mais elles ne disposent même pas de l'espace approprié pour construire un tel nid, ce qui les laisse frustrées et stressées car leurs besoins naturels ne sont pas satisfaits1.
Un triste cycle qui se répète
Dans l'élevage porcin intensif, les truies reproductrices sont souvent utilisées comme des machines à produire. Leur vie suit un cycle continu composé d'insémination artificielle, de gestation, de mise bas, d'allaitement puis de nouvelle insémination.
Une truie peut être gestante deux à trois fois par an. La gestation dure environ 114 jours, suivie d'une période d'allaitement de trois à cinq semaines3. Conformément à la réglementation européenne, la majorité des porcelets élevés dans des systèmes conventionnels sont sevrés à l'âge de 21 ou 28 jours. Dans les élevages biologiques, le sevrage ne peut intervenir avant 40 jours.
Certaines exploitations situées hors de l'Union européenne pratiquent un sevrage extrêmement précoce, avec seulement 10 jours d'allaitement4. Pourtant, un sevrage avant 40 jours ne permet pas au système immunitaire des porcelets de se développer pleinement.
Par ailleurs, les races modernes ont été sélectionnées pour produire un nombre toujours plus important de porcelets. Il n'est donc pas rare qu'une truie mette au monde davantage de petits qu'elle ne dispose de trayons pour les nourrir correctement. Cette situation entraîne fréquemment la naissance de porcelets de faible poids, dont beaucoup ne survivent pas ou sont éliminés à la ferme.
Insémination à 5-7 mois
Les jeunes truies sont généralement inséminées pour la première fois entre cinq et sept mois. Pour cela, elles sont placées dans une caisse individuelle au sein du centre d'élevage. Les chaleurs peuvent être déclenchées par des traitements hormonaux ou par l'exposition aux phéromones d'un verrat.
Ce système permet aux éleveurs de contrôler précisément la reproduction afin de synchroniser un groupe entier de truies et d'optimiser l'organisation de la production porcine. Après l'insémination artificielle, les truies sont généralement placées dans des cages de gestation individuelles pendant quatre à cinq semaines.
Présenté comme un moyen de protéger la gestation, ce système répond principalement à des objectifs de rentabilité. Après cette période d'isolement, les truies rejoignent un groupe jusqu'à environ une semaine avant la mise bas.
Mise bas et allaitement dans des espaces extrêmement réduits
Environ une semaine avant la naissance prévue, la truie est transférée dans une cage de mise bas. Elle y reste enfermée pendant près de cinq semaines. Durant cette période, elle met au monde entre 10 et 20 porcelets et les allaite généralement pendant trois à quatre semaines, parfois moins lorsque l'élevage pratique le sevrage précoce.
Dans des conditions naturelles, la situation est très différente : la truie commence à présenter ses porcelets au reste du groupe environ une semaine après la naissance et continue à les allaiter pendant près de quinze semaines tout en maintenant une vie sociale normale avec le troupeau.
Les barreaux des cages de mise bas séparent physiquement la mère de ses petits. Les porcelets peuvent accéder aux trayons mais les interactions maternelles sont fortement limitées. Après le sevrage, la truie est généralement renvoyée rapidement vers le secteur de reproduction afin d'être inséminée à nouveau. Elle ne vit en groupe avec d'autres truies que durant une partie de sa gestation.
Les truies procréent jusqu'à leur mort
Une truie reproductrice suit ce cycle jusqu'à ce qu'elle ne réponde plus aux objectifs de production fixés par l'exploitation, soit en moyenne environ 30 porcelets par an. Elle est alors réformée et envoyée à l'abattoir.
La plupart des truies ne survivent que quelques années dans ce système de production intensive, alors que l'espérance de vie naturelle d'un porc est nettement plus élevée.
Situation juridique en Europe concernant les cages de mise bas
Plusieurs pays européens ont déjà limité ou interdit certaines formes de confinement des truies. Certaines interdictions concernent les cages d'insémination, d'autres les cages de mise bas, et parfois les deux.
La Suède et la Norvège ont notamment interdit ces systèmes. Des études menées en Suède montrent que les taux de mortalité des porcelets ne sont pas nécessairement plus élevés dans des systèmes de mise bas sans cages.
En Suisse, les cages de mise bas sont interdites depuis plusieurs années. L'interdiction a été décidée en 1977 et les périodes transitoires se sont achevées en 2007. Les truies ne peuvent plus être maintenues dans des cages de mise bas, même si certaines restrictions demeurent concernant les cages de gestation.
L'Autriche a également adopté une interdiction progressive en 2013, avec une longue période de transition. Aujourd'hui encore, certaines formes de confinement restent autorisées dans les bâtiments plus anciens, tandis que les nouvelles installations sont soumises à des règles plus strictes.
En Allemagne, les truies peuvent encore être maintenues dans des cages pendant environ dix semaines consécutives. Malgré plusieurs réformes législatives et une décision de justice reconnaissant l'illégalité de certains systèmes de contention, des périodes transitoires autorisent encore l'utilisation de cages de gestation jusqu'en 2030 et de cages de mise bas jusqu'en 2037.
Malgré l'évolution de la réglementation dans certains pays européens, l'utilisation de cages demeure aujourd'hui la norme dans une grande partie de l'élevage porcin. Bien que des alternatives comme les systèmes de mise bas en groupe existent, elles restent marginales dans la pratique commerciale.5
L'opinion publique
La sensibilisation croissante aux questions de bien-être animal pousse de plus en plus de consommateurs à remettre en question l'utilisation des cages de mise bas pour les truies.
Sous la pression de l'opinion publique, de nombreuses entreprises agroalimentaires et chaînes de restauration se sont engagées à réduire progressivement leur dépendance à ces systèmes de production. Entre 2012 et 2015, plus de 200 entreprises, dont McDonald's, Burger King et Wendy's, ont annoncé des engagements en faveur de conditions d'élevage plus respectueuses du bien-être animal.
Plusieurs de ces entreprises ont depuis lancé des politiques visant à éliminer progressivement l'utilisation des cages dans leur chaîne d'approvisionnement, notamment sur les marchés européens où les attentes des consommateurs en matière de protection animale sont de plus en plus fortes.6,7
Source
2) https://thepigsite.com/articles/practical-options-for-indoor-freefarrowing-systems
3) http://www.nzdl.org/gsdlmod?e=d-00000-00---off-0hdl--00-0----0-10-0---0---0direct-10---4-------0-1l--11-en-50---20-about---00-0-1-00-0--4----0-0-11-10-0utfZz-8-00&cl=CL1.14&d=HASH012fbc1291f9d347cee97f25.5.1>=1
4) https://thepigsite.com/articles/basic-pig-husbandry-the-weaner
5) https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/HTML/?uri=CELEX:52001DC0020&qid=1596615262106&from=EN
6) https://civileats.com/2018/03/21/after-a-decade-of-promises-has-the-food-industry-made-progress-on-gestation-crates/
7) https://corporate.mcdonalds.com/corpmcd/scale-for-good/our-food/animal-health-and-welfare.html




