
La SNANC publiée après 2 ans de retard
Longuement attendue, la stratégie reste insuffisante pour engager une véritable transition alimentaire
Paris, le 12 février - Après plus de deux ans et demi de retard et de multiples reports, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) a enfin été publiée le 11 février. Pour QUATRE PATTES, la publication de la SNANC est un soulagement mais aussi une déception. Si la stratégie propose plusieurs mesures d’intérêt et reconnaît la nécessité de limiter la consommation de viande et de charcuterie, les mesures proposées manquent cruellement d’ambition pour répondre aux défis environnementaux, sanitaires et de bien-être animal.
Une stratégie longuement attendue
Prévue par la loi Climat et Résilience de 2021, la SNANC devait initialement être publiée en juillet 2023. Son report répété a illustré les arbitrages politiques particulièrement sensibles autour de la question de la consommation de viande, dans un contexte de fortes pressions du secteur agricole et agro-alimentaire.
QUATRE PATTES s’est mobilisée activement tout au long de ce processus. Dans un décryptage daté d’avril 2024, nous appelions à une stratégie réellement ambitieuse, intégrant explicitement la réduction de la consommation de produits d’origine animale. Nous avons alerté à plusieurs reprises sur la nécessité d’objectifs clairs, mesurables et cohérents avec les engagements climatiques de la France.
Des objectifs sur la consommation de viande qui manquent cruellement d’ambition
Sur la base des dernières données scientifiques, la SNANC rappelle que les produits d’origine animale sont à eux seuls responsables de 61 % de l’empreinte carbone alimentaire de la France. Du point de vue de la santé, 32 % de la population adulte consomme trop de viande (hors volailles) et 63 % trop de charcuterie.
Face à ces constats criants, que propose la SNANC ?
La stratégie prévoit de limiter la consommation de viandes et de charcuterie, en particulier importées. Cette orientation constitue un premier pas trop timide au regard de l’urgence des constats posés. Plusieurs éléments soulèvent des préoccupations majeures :
Pas d’objectifs chiffrés : L’utilisation de termes vagues tels que « limitation » et « modération » affaiblit considérablement la portée opérationnelle de la stratégie. L’expérience des politiques publiques montre que seuls des objectifs chiffrés permettent de fixer une trajectoire claire, de mobiliser des moyens adaptés et d’évaluer les résultats obtenus. Sans indicateurs précis, la capacité de pilotage de la transition alimentaire reste limitée.
Une absence de définition claire : La stratégie ne fixe pas de cadre précis concernant certaines catégories de viande. Sans définition claire, il existe un risque qu’aucune limite ne soit fixée pour la consommation de viande de volaille, alors même que celle-ci est devenue la viande la plus consommée en France depuis 2024. Si le futur Programme National Nutrition Santé (PNNS) ne fixe toujours pas de limite pour la volaille, le risque est réel que la consommation globale de viande ne diminue pas, mais se reporte simplement d’une catégorie à une autre.
→ Découvrir la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC)
Une cohérence indispensable avec les politiques agricoles
Limiter la consommation de viande importée et encourager une production locale de meilleure qualité est une orientation louable. Mais pour être crédible, cette ambition doit s’accompagner :
- D’une véritable politique agissant sur la demande, notamment à travers les environnements alimentaires y compris dans les grandes et moyennes surfaces et la restauration commerciale ;
- D’un soutien aux filières durables, en particulier les légumineuses, essentielles pour diversifier les apports protéiques.
QUATRE PATTES, avec le soutien de plusieurs organisations, a coordonné une note comprenant une série de 7 recommandations prioritaires et de 22 mesures concrètes qui pourraient d’ores et déjà être actionnés par les pouvoirs publics pour réduire la consommation de viande.
La position du gouvernement semble être tout autre. Les déclarations de la ministre de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire Annie Genevard à la suite de la Conférence de la souveraineté alimentaire - qui annonçait par exemple vouloir installer « Un poulailler supplémentaire par département d’ici 2030 » - et l’article 3 de la très controversée loi Duplomb qui facilite l’agrandissement de nouveaux élevages industriels en France envoient des signaux contradictoires.
Une transition alimentaire cohérente ne peut pas reposer sur l’extension de modèles d’élevage intensif aux impacts environnementaux, sanitaires et en matière de bien-être animal largement documentés.
Une mobilisation qui doit se poursuivre
La publication de la SNANC ne constitue pas un aboutissement, mais une étape. Sa traduction concrète dépendra désormais du 5e PNNS et du 4e Plan National pour l’Alimentation (PNA). Ces outils devront préciser les orientations annoncées et les transformer en mesures opérationnelles et évaluables.
QUATRE PATTES restera pleinement mobilisée pour que la transition alimentaire française réduise réellement la consommation de produits d’origine animale, améliore les conditions de vie des animaux d’élevage et garantisse une cohérence entre politiques agricoles, alimentaires, sanitaires et environnementales.
La transition alimentaire ne peut plus se contenter d’intentions générales. Elle doit désormais se traduire en objectifs clairs, en moyens adaptés et en décisions courageuses.
