Irish Ferries : mobilisation contre le transport de veaux non sevrés

Des associations de protection animale interpellent les passagers d'Irish Ferries au port de Calais

À Calais, le 28 septembre 2026 - QUATRE PATTES s'est mobilisée au port de Calais aux côtés de CIWF France, de l'OABA, de Welfarm et de Calais Animal Save pour dénoncer le transport de veaux non sevrés par ferry entre l'Irlande et la France . Depuis le retrait de Stena Line et de Brittany Ferries, la compagnie Irish Ferries est la dernière à assurer ces traversées.

Dix-huit heures en mer sans être nourris

Entre le 1er janvier et le 9 août 2026, plus de 210 000 veaux non sevrés ont été exportés depuis l'Irlande, selon le ministère irlandais de l'Agriculture. Certains n'ont que deux semaines et dépendent encore entièrement du lait. Après plusieurs heures de route, ils passent environ 18 heures en mer, enfermés dans les bétaillères, sans pouvoir être nourris.

En moyenne, 22 à 24 heures s'écoulent entre le chargement en Irlande et l'arrivée au poste de contrôle proche de Cherbourg, selon la Commission européenne. Les bétaillères ne permettent pas de distribuer du lait, et les veaux ne peuvent pas être déchargés à bord d'un ferry : ils ne sont donc nourris qu'une fois arrivés. Pour la plupart, le voyage reprend ensuite par la route vers l'Espagne, les Pays-Bas ou la Pologne, où ils seront engraissés puis abattus.

Une pratique qui ne semble pas respecter le droit européen

Le règlement (CE) 1/2005 impose d'abreuver les veaux non sevrés, et de les nourrir si nécessaire, après neuf heures de trajet. Selon la Commission européenne, ils doivent dans tous les cas être abreuvés et nourris au bout de dix-neuf heures , et ces obligations s'appliquent aussi en mer. Dans un rapport d'audit sur l'Irlande daté de décembre 2023 , elle conclut que l'absence d'alimentation liquide à bord des ferries est contraire au règlement.

La science va dans le même sens : l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande de ne pas dépasser douze heures entre deux repas. En France, le code rural sanctionne le non-respect de ces règles, et la loi Egalim de 2018 a étendu aux transporteurs d'animaux vivants les sanctions pénales pour mauvais traitements.

Une mobilisation au plus près des passagers

Pendant plusieurs heures, des représentants des quatre associations se sont postés à l'entrée du port. Pancartes en main, nous avons distribué des tracts aux automobilistes qui embarquaient ou débarquaient, afin de leur expliquer ce que la compagnie transporte sur ses lignes irlandaises.

La mobilisation a été relayée par la presse régionale, notamment France 3 Hauts-de-France et La Voix du Nord.

Mobilisation à Calais contre le transport de veaux

Pourquoi Calais ?

Irish Ferries ne transporte pas seulement des veaux entre l'Irlande et la France : la compagnie exploite aussi la ligne Calais–Douvres, empruntée chaque jour par des milliers de voyageurs. C'est à eux que nous avons voulu nous adresser. Selon une enquête IFOP de juin 2025, 62 % des Français affirment que le transport de veaux non sevrés par une compagnie de ferry influencerait leur décision de voyager avec elle.

Le rassemblement de Calais s'inscrivait dans quatre jours d'actions menées dans plusieurs ports du Royaume-Uni, d'Irlande et de France.

Irish Ferries mise en demeure

Le jour même, CIWF France, QUATRE PATTES et Welfarm ont adressé, par l'intermédiaire de leurs avocats, une mise en demeure  à la direction d'Irish Ferries et de sa maison mère, Irish Continental Group. Nous leur demandons de cesser le transport de veaux non sevrés entre l'Irlande et l’Europe continentale ou, à défaut, de le suspendre tant que sa conformité au règlement n'est pas établie. La compagnie dispose de quinze jours à compter de la réception du courrier pour répondre. Passé ce délai, nous nous réservons le droit d'engager une procédure judiciaire.

Nous avons également écrit à la Commission européenne pour lui demander d'ouvrir une procédure d'infraction contre l'Irlande, qui autorise ces transports.

Le contexte a changé. Stena Line, puis Brittany Ferries début septembre, ont renoncé à transporter des animaux vivants entre l'Irlande et le continent. Aux Pays-Bas, l'autorité sanitaire (NVWA) a annoncé des amendes pouvant atteindre 27 000 euros pour les transporteurs routiers qui ne respectent pas les intervalles d'alimentation des jeunes veaux venus d'Irlande. 

« Irish Ferries ne peut plus ignorer ces évolutions », résume Nikita Bachelard, responsable des programmes de QUATRE PATTES.

Mise à jour 15 octobre : Irish Ferries refuse de renoncer à ce commerce 

Irish Ferries a rejeté notre mise en demeure. La compagnie affirme vouloir continuer à transporter des veaux non sevrés. Elle n’a pas répondu au cœur du problème : à bord de ses navires, des veaux non sevrés, dont certains n’ont que deux semaines, ne sont pas nourris aux intervalles imposés par la loi. 

Le 15 octobre, CIWF France, QUATRE PATTES et Welfarm ont dénoncé cette réponse dans un communiqué de presse commun. « Les veaux non sevrés ne sont pas des marchandises que l’on peut transporter sans s’en soucier. La réponse d’Irish Ferries n’est absolument pas satisfaisante concernant les conditions de transport de ces animaux à bord des navires. Nous exhortons la compagnie à donner la priorité au bien-être animal et nous l’invitons à engager le dialogue avec nos ONG », a déclaré Nikita Bachelard, responsable des programmes de QUATRE PATTES. 

Irish Ferries est désormais plus isolée que jamais. Nous l’appelons à respecter la législation européenne et française et à faire passer le bien-être animal avant ses profits. La compagnie ne peut pas se soustraire à ses obligations légales : nous continuerons d’explorer toutes les voies de recours juridiques appropriées pour qu’elle rende des comptes. 

Et après ?

Irish Ferries a jusqu'à la mi-octobre pour répondre à la mise en demeure. D'ici là, la pression citoyenne continue.

QUATRE PATTES poursuit par ailleurs son plaidoyer auprès des décideurs français et européens. Nous demandons l'interdiction du transport d'animaux non sevrés et des transports par voie maritime, ainsi que le développement d'alternatives comme les circuits courts ou l'élevage et l'abattage local. Deux compagnies ont déjà renoncé à ce commerce : il ne manque plus qu'Irish Ferries.

Un veau dans un camion

Stop aux transports d'animaux vivants


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